Philosophie Générale
Parcours : Enseigner la philosophie (CAPES)

  • Cours (CM) 24h
  • Cours intégrés (CI) -
  • Travaux dirigés (TD) -
  • Travaux pratiques (TP) -
  • Travail étudiant (TE) -

Langue de l'enseignement : Français

Description du contenu de l'enseignement

L’espérance présente

On se propose de travailler la contradiction, indépassable d’un point de vue théorique, et douloureuse du point de vue pratique, entre l’histoire et le présent. L’histoire est faite d’événements, mais les événements ne sont jamais présents. Ils sont passés ou futurs, mais pas présents – et par là ils n’existent pas. Si on s’en tient au seul présent, l’histoire n’existe pas. On relate l’histoire de res gestae, des événements qui ont eu lieu ; on attend des res gerendae, des événements qui doivent avoir lieu, qu’on espère ou qu’on craint ; mais l’événement n’a pas lieu en ce moment, parce que l’événement se dit au parfait alors que le présent, dans son effectivité, est imparfait. Ce qui est en train de se faire est un changement, ce n’est pas un événement, une rupture qui change tout. Pourtant les événements ont des effets sur le présent, parce que nous y pensons et nous en parlons. La parole reconduit l’événement au présent.
La question sera donc de déterminer la nature de cet effet, et de définir dans quelle mesure il est puissant, au sens où, pour utiliser les catégories de Spinoza, il augmente notre puissance d’agir. En effet la sagesse du présent consisterait plutôt à se prémunir contre ces effets, qui font naître des passions tristes, générées à partir de l’espoir ou la crainte (d’un événement futur), ou le regret (d’un événement passé) ; mais cette sagesse a pour conséquence une action indifférente à l’histoire, à l’événement qui peut se produire (ou qui s’est déjà produit) et changer tout – rencontre, révolution, catastrophe, salut – c’est-à-dire mettre fin au régime présent des choses. L’histoire nous intéresse au contraire dans la mesure où elle est eschatologique, où elle renferme la possibilité (promesse ou menace) d’une « fin de toutes choses ».
On ne peut aborder la question eschatologique sans tenir compte de son élaboration dans la tradition pour laquelle l’Avènement du Royaume et la Venue du Messie ont un sens, qu’il s’agisse du judaïsme ou du christianisme. Ces événements sont, indépendamment d’une adhésion confessionnelle, comme types de l’événement, même si on interprète celui-ci en termes politiques (comme communisme et révolution). Le type messianique permet de penser le présent comme un temps intermédiaire entre un événement passé qui fonde un « déjà là » (la première Venue du Messie) et un événement futur, qui ouvre l’attente d’un « pas encore » (la Parousie) ; ce présent messianique n’est pas un temps vide entre deux termes donateurs de sens, il est au contraire le temps où se concentre l’urgence de l’intensification du présent, et où se déploie une espérance qui n’est pas déportée dans un au-delà hors d’atteinte, mais ancrée dans l’imperfection du réel. Cette articulation singulière de l’eschatologie et du présent suppose un double travail, du présent d’une part, qui n’est replié sur l’immédiat mais contient en lui-même, dans sa dimension de devenir, une ouverture vers l’avenir ; de l’eschatologie d’autre part, qui n’est pas une fuite vers un autre monde ; ce qui doit conduire à récuser l’antinomie scolaire de l’immanence et de la transcendance.    

Contact

Faculté de philosophie

7, rue de l'Université
67000 STRASBOURG
0368856460

Formulaire de contact

Responsable

Yves Jean Harder

Intervenants

Yves Jean Harder


Parcours : Enseigner la philosophie (CAPES)