La présence corporelle en situation professionnelle : caractéristiques et enjeux méthodologiques Journée d'études en distanciel - 20 mai 2021

La présence corporelle en situation professionnelle : Caractéristiques et enjeux méthodologiques  "Le corps comme prémisse de l’engagement au monde"

Depuis les travaux en phénoménologie (Merleau-Ponty, 1960), reconnaissant le corps comme prémisse de l’engagement au monde, la présence corporelle induit plusieurs facettes : « être-là », « être-ici et maintenant », « être devant » ou encore « être près de ». Les travaux récents étudient celle-ci en questionnant la temporalité, le corps, la spatialité et l’œuvre (De Giorgi, 2017 ; Cornus & Marsault, 2015). Mais la présence convoque également la disponibilité, l’engagement perceptif comme attentionnel (Chateauraynaud, 1997). Elle est analysée à travers les indicateurs de la communication verbale et non verbale (Jourdan, 2018). Et ces descriptions de la présence se focalisent sur ses polarités ou ses nuances : présence/absence, sa consistance ou encore ses degrés d’engagement. Mais la présence corporelle semble s’inscrire aussi dans une nouvelle compétence attendue : les soft-skill (Tan & Tang, 2018). De ce fait, la présence peut être caractérisée à partir de la fluidité de l’action par rapport à un projet dans un contexte professionnel devenu incertain (Champy, 2018). Elle suppose ainsi une disponibilité du sujet à percevoir les potentialités de l’environnement pour s’y adapter (Cornus & Marsault, 2015).

Se définissant comme une expérience à l’instant T (Dewey, 1934), elle est rendue visible à travers l’analyse gestuelle. Et en s’inscrivant dans une approche sensorielle et sensible de l’action, elle permet de documenter la relation individu-environnement à partir de l’action en train de se faire.

Comment la présence corporelle est-elle appréhendée dans les savoirs professionnels ? Si la présence correspond à un état d’ouverture sur un état de sensation du rapport à soi et au monde, comment rendre visible l’expérience de la présence ? Finalement, la présence est-elle une compétence ou simplement un effet observable ?

Cette journée d’étude s'organisera autour de dialogues entre chercheurs d'horizons scientifiques variés afin de débattre sur la définition de la présence corporelle à partir de méthodologies différentes.

Revoir les présentations

Dialogue 1 – Une présence individuelle ou collective

C’est la définition même de la présence qui est questionnée et qui sera mise en valeur dans la méthodologie employée. Ici, l’idée est de savoir ce que recouvre la présence comme une compétence propre au sujet et donc individuelle ou comme une compétence à comprendre d’entrée comme collective et donc sociale. Est-ce d’ailleurs une compétence, le fruit d’une expérience ou un effet ? Pour Olivier Vors et Oriane Petiot, la présence s’étudie de façon individuelle dans des contextes d’exercice difficiles ou favorisés à travers un retour à soi par l’auto-confrontation et l’analyse du chercheur. A l’opposé, si Christelle Marsault et Lisa Lefevre définissent la présence à travers la disponibilité attentionnelle du sujet et sa disponibilité à agir, la présence ne se révèle qu’à travers le social porté par un système de valeurs et d’appuis partagés par les enseignants. Elle est d’emblée sociale et se construit de façon collective.

Comment se rencontrent l’individu et le social dans la présence ?

Dialogue 2 – La présence entre intériorité et extériorité

Pour Bernard Andrieu, la présence est aussi une intercorporéité. Mais elle est étudiée dans sa dimension tactile et permet de comprendre comment le corps parle depuis l’intérieur pour se rendre visible de l’extérieur. Pour Magali Boizumault, la présence est une intériorité peu conscientisée par les professeurs qui accordent peu d’attention au niveau corporel. Pour Isabelle Jourdan, la présence est une ouverture à l’altérité par une intercorporéité de l’enseignant visible comme une extériorité de soi pour « être avec ». Ici, le regard semble porté différemment entre intériorité et extériorité. Quelles sont les frontières de la présence ?

Dialogue 3 – les outils et les traces de la présence

Pour Diane Ruffin et Jean-Paul Payet, étudier la présence suppose l’accès par la première personne à travers l’analyse du journal de bord. Différemment, Sabine Cornus cherche à objectiver où se pose le regard, par un système oculométrique grâce à l’eye traker. Qu’apportent les outils en tant que traces de la présence ? Quels outils pour quelle posture scientifique ?

Dialogue 4 - Recueillir le ressenti

La présence s’intéresse au ressenti, à la perception, mais de quoi parle-t-on ? Aline Paintendre fait un constat identique et s’intéresse à la manière dont ces enseignants écoutent leur corps et révèlent une sensibilité reposant sur une multimodalité perceptive. Cathy Rolland s’intéresse en particulier à la manière dont le regard de l’entraîneur se construit. Les trois présentations abordent ainsi différemment la perception de la situation professionnelle. Percevoir, ressentir, prendre conscience ? Comment recueillir ce ressenti ?

Dialogue 5 - Formation de ou à la présence

Ici, le focus est porté sur l’objet analysé : le dispositif de formation à la présence ou les conditions de la présence. Jérome Viosoli offre une méthodologie permettant d’accéder à des données extrinsèques et intrinsèques du sujet agissant in situ. Cette méthodologie permet d’accéder à la formation de la présence en contexte. Sébastien Chaliès et Nicolas Recoules proposent d’aborder la présence comme objet de formation. Comment forme-t-on l’autre à la présence de soi ? La présence relève-t-elle d’un patrimoine somatique personnel ou spécifique au métier ?

Dialogue 6 - Lien observateur / observé

Le dernier débat s’organise autour du regard porté sur ou avec l’observé. Il s’intéresse plus particulièrement au lien entre le chercheur et le sujet étudié, lien défini ou non dans le cadre méthodologique. Si les multiméthodes font consensus, quelle place accordent-elles aux sujets de l’observation ? Alain Mouchet prend appui sur des analyses en première et troisième personne, accordant une place particulière au sujet. Comment le sujet participe-t-il au recueil des données ? Occupe-t-il une place particulière quand il s’agit d’accéder à son intimité ?

Traduite par l’embodiement, la présence se décline comme une compétence professionnelle à enrichir. Comment accompagner cette construction ? Geneviève Emond, Fabienne Venant et Sabine Oppliger proposent d’étudier le processus d’accompagnement somato-réflexif du professionnel pour éprouver la « pleine épaisseur de l’expérience professionnelle ».

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Coordination

Lisa Lefèvre, Docteure en Sciences et techniques des activités physiques et sportives  (STAPS)

Christelle Marsault (MCF STAPS)

Sabine Cornus (MCF STAPS)

Laboratoire Sport et Sciences Sociales (F3S, UR 1342), Institut national supérieur du professorat et de l'éducation (INSPE), Université de Strasbourg.